Camille Guénot

Fondée il y a plus de trente ans, Kaléidoscope a toujours su garder sa ligne éditoriale : des histoires qui ont du sens et apportent une ouverture d’esprit au jeune public. Fort d’un catalogue extrêmement varié qui se renouvelle sans cesse, ses livres accompagneront vos enfants, les faisant rire, grandir et réfléchir au monde qui les entoure. Son éditrice, Camille Guénot, a gentiment accepté de se prêter au jeu des questions-réponses.

Delphine Bourbon : Pouvez-vous me parler de votre parcours et des raisons qui vous ont amenée à devenir éditrice jeunesse ?

Camille Guénot : J’ai poursuivi des études de littérature et de cinéma avant de me spécialiser dans l’édition avec un master professionnel. Après un premier stage chez Casterman en tant qu’assistante éditoriale, j’ai rejoint les équipes d’Autrement Jeunesse puis de Tourbillon, avant d’obtenir mon premier poste au Baron Perché. Mais j’avais voyagé en Irlande et en Écosse, notamment à Glasgow, où j’étais professeure de français, et rêvais d’une nouvelle expérience à l’international. Je suis donc partie en Angleterre pour devenir coordinatrice de droits étrangers chez Walker Books, une maison jeunesse très reconnue Outre-Manche. C’est, entre autres, l’éditeur d’Anthony Browne, de John Burningham, Helen Oxenbury, Oliver Jeffers… bref, de grands noms de la littérature enfantine ! Pendant deux ans, j’ai vendu les droits des ouvrages de Walker Books à des éditeurs français pour qu’ils en publient leur propre traduction. Ces années ont été extrêmement formatrices car j’ai pu aborder le métier par un autre biais, commercial et technique, me permettant de comprendre les questionnements, les difficultés, les contraintes et les attentes de mes futurs interlocuteurs (éditeurs, photograveurs, imprimeurs…). En fait, d’avoir un dialogue plus fluide avec ces partenaires. Cela m’a aussi apporté beaucoup de contacts, et c’est d’ailleurs ainsi que j’ai rencontré Isabel Finkenstaedt, fondatrice de Kaléidoscope et directrice éditoriale, lors de la foire de Bologne ! À l’époque, elle souhaitait prendre sa retraite et cherchait quelqu’un pour lui succéder à l’éditorial. Elle m’a donc proposé de rejoindre son équipe et, petit à petit, m’a formée aux spécificités du catalogue de la maison. Je suis devenue éditrice à proprement parler deux ans plus tard et lorsque Kaléidoscope a rejoint le groupe L’École des loisirs, en février 2019, j’ai repris la responsabilité éditoriale.

Camille Guénot

DB : Quelles sont vos responsabilités, justement, au sein de Kaléidoscope ?

CG : Ce sont des responsabilités purement éditoriales, autour de l’élaboration des programmes. Elles recouvrent la recherche de nouveaux talents, la lecture des manuscrits, le choix des ouvrages, le dialogue avec les auteurs pour la réécriture des textes (les réflexions échangées sur la psychologie des personnages, la construction du scénario, l’enchaînement des scènes…) et avec les illustrateurs pour tout ce qui est visuel (crayonnés, découpage, mise en couleur…). Il y a ensuite la maquette, souvent réalisée en interne car nous n’externalisons que les corrections et traductions de nos textes (en général, des traductions depuis l’anglais, la maison ayant une identité anglo-saxonne forte, notamment due au fait que sa fondatrice était américaine). Enfin, il y a la fabrication, en accord, autant que faire se peut, avec les demandes des artistes (choix du papier, du format, du type d’encre, des finitions…). Plusieurs points techniques doivent ainsi être décidés en amont avec notre photograveur et imprimeur de longue date, basé en Italie.

DB : Qu’est-ce qui a changé dans votre façon de travailler depuis que Kaléidoscope a rejoint L’École des loisirs ?

CG : Une nouvelle page de l’histoire de la maison s’écrit, avec l’aide des équipes de L’École des loisirs. Ce qui est formidable, c’est que nous bénéficions de l’image de marque de cette maison historique, ancrée depuis plus de 50 ans dans l’esprit des lecteurs et des professionnels du livre. Le prestige de leur catalogue, auquel nous avons souvent été associés, L’École des loisirs ayant toujours été notre diffuseur, rejaillit d’autant plus sur notre maison que nous faisons désormais partie intégrante du groupe. Ils ont également des départements plus développés, comme la Promotion, la Communication et le Commercial. Cette force de frappe nous permettra de soutenir encore mieux nos livres et de mettre en lumière les auteurs que nous défendons. Nous avons rejoint le groupe il y a un an, mais nous avons gardé une totale indépendance éditoriale, ce qui est particulièrement appréciable ! Nous publions donc toujours des albums (pas de romans, de documentaires ou de livres objets) pour la même tranche d’âge (les 3 à 7 ans) et nous avons toute liberté quant au choix des sujets, du traitement graphique et des auteurs

DB : J’ai regardé sur votre site les thèmes que vous abordez (famille, amour, mort, blagues / humour, divorce / séparation… pour n’en citer que quelques-uns). Tous les thèmes de société sont abordés, et pour le jeune public en plus. C’est la ligne éditoriale de votre maison d’édition de n’avoir aucun tabou ?

CG : Je ne l’aurais pas présentée comme cela. Avoir un classement par thèmes est toujours un peu restrictif et ne met pas forcément en valeur toutes les subtilités des sujets que l’on aborde. Mais en tout cas, on ne s’impose pas de barrières et c’est justement pour cette raison que la maison s’appelle Kaléidoscope. Cette ouverture s’exprime aussi bien dans les sujets abordés que dans le style graphique, puisque nous avons des univers extrêmement variés au sein de notre catalogue (certains très contemporains, graphiques et d’autres plus traditionnels). Nous souhaitons une ouverture maximum au monde qui nous entoure et si cela passe par des thématiques plus sensibles (questions sur la famille, le genre, les épreuves de la vie…) pourquoi pas. On essaye d’avoir un traitement assez léger et distancié pour rassurer l’enfant sur les soucis qu’il peut rencontrer dans son existence. Des soucis qui paraissent parfois dérisoires aux yeux des adultes mais qui sont toute leur vie et que l’on a pu ou pas, tous ressentis à leur âge. Le but est de dire aux enfants qu’ils ne sont pas seuls avec leurs problèmes, que d’autres sont passés par là, et voilà comment ils ont fait. On essaie souvent d’avoir une forme d’optimisme : des solutions sont trouvées, quels que soient les problèmes abordés dans les histoires. Et cela m’amène au dernier point : la base de notre ligne, c’est que nous sommes un éditeur d’histoires. On a très peu de livres conceptuels (abécédaires, livres à compter…) et quand on en a, ils racontent forcément une histoire. Et c’est ce à quoi on prête attention quand on reçoit un projet : la construction narrative autour d’un propos.

DB : Comment travaillez-vous avec chaque auteur/trice et illustrateur/trice ?

CG : C’est la grande subtilité de notre métier. Chaque personne est unique, on ne travaille donc pas de la même manière avec chacune d’elles. On essaie de s’adapter à leur personnalité, en prenant en compte leur sensibilité. C’est un travail de diplomatie et de « psychologie » constante car nous voulons travailler en bonne intelligence, dans une atmosphère chaleureuse de confiance mutuelle. Dans tous les cas, nous essayons de leur laisser le maximum de liberté dans l’expression de leur art, qu’ils sentent relativement peu de contraintes, mais c’est surtout vrai pour les illustrateurs. Pour les auteurs, je dois dire que l’on est plus sur leur dos ! Nous pouvons travailler pendant plusieurs semaines sur un texte pour être sûrs que la construction de l’histoire et le style soient au service du livre. Il y a donc beaucoup d’échanges en amont, avant que l’illustration commence. Pour nous, le texte est la porte d’entrée d’un univers. Les illustrations viennent généralement dans un deuxième temps mais sont essentielles, d’autant plus que l’on s’adresse aux enfants.

DB : Pouvez-vous me dire quelques mots sur vos derniers livres publiés et ceux en préparation ?

CG : Parmi ceux qui viennent d’être publiés ou vont paraître dans les semaines à venir, nous avons évidemment des coups de cœur. Comme vous parliez de thématiques sensibles tout à l’heure, il y a un album américain que j’aime tout particulièrement cette saison : Perdu dans la ville de Sydney Smith, sur l’expérience du deuil. C’est l’histoire d’un petit garçon qui se balade dans les rues d’une grande ville. Il cherche quelqu’un, lui parle pour le rassurer, et on ne comprend qu’à la fin du livre qu’il s’agit de son chat perdu. C’est un texte sobre et touchant sur la perte d’un être cher, qui se termine sur un mystère car on ignore ce qui est arrivé à ce chat. On voit juste ses traces de pas qui s’éloignent. C’est donc pour moi un livre réaliste (quand on perd un animal, on peut très bien ne pas le retrouver), et je trouve honnête de présenter une situation comme celle-là, qui n’a pas une résolution exactement heureuse mais qui est toutefois optimiste : même si son problème ne semble pas se résoudre, l’enfant a toute la force, en lui, pour y faire face. Comme dit le héros de l’album, « Je te connais, tout ira bien ».
En création française, nous avons aussi une très belle sortie le 8 avril, Milo, l’ours polaire de Laurent Souillé, illustré par Juliette Lagrange. Cet album raconte l’histoire d’un ours polaire, pacifique, doux, rêveur, différent de ses congénères mais qui l’assume totalement. Les autres ours sont féroces et n’aiment qu’une chose dans la vie, se battre. Ils pratiquent la boxe et rêvent de participer à un grand combat, mais à la suite d’un quiproquo, c’est Milo qui est choisi pour combattre sur un ring. Il se fait embarquer sans trop comprendre ce qui lui arrive et doit quitter sa banquise, direction New York, pour combattre un mystérieux adversaire. C’est une histoire « peace and love » forte et graphiquement, magnifique. Juliette Lagrange est passionnée d’architecture et représente New York de façon tout à fait époustouflante. C’est une artiste qu’on a découverte il y a trois ans et avec qui nous avons publié deux albums, Mon petit pot de colle et Hulotte, de jolis succès en librairie. Nous sommes très heureux de continuer à soutenir son travail !


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