Amélie Clavier

Passionnée depuis son plus jeune âge par le milieu artistique (livres, dessins, bandes dessinées, peintures), Amélie Clavier n’avait jamais cru pouvoir devenir illustratrice et, pourtant, cette profession est devenue une évidence pour elle. Elle revient, pour nous sur son parcours, ses appréhensions à montrer ses premiers dessins, ses modèles qui l’ont amenée à se dépasser, son premier succès, ses projets et sa joie de pouvoir enfin vivre de ses passions.   

Autoportait d’Amélie Clavier réalisé pour l’interview
Dessin personnel inspiré de mon voyage au Népal
Illustration pour un projet jeunesse avec Laurie Cohen intitulé : Le collier d’émeraude
Carnet de voyage 2019, Old calton cimetery, Edimbourg
Carnet de voyage 2019, Bretagne nord

Delphine Bourbon : Pouvez-vous me parler de votre parcours, et des évènements qui vous ont conduit à devenir illustratrice ?

Amélie Clavier : J’ai toujours été attirée par le dessin depuis toute petite. Pendant mon temps libre, je recopiais des pages entières de bandes dessinées ou des personnages que j’aimais dans les livres. Durant toute ma scolarité j’ai toujours dessiné et je pensais trouver un métier comme écrivain par exemple ou je pourrais travailler seule et chez moi. Au lycée, j’avais pris option arts plastiques, j’y allais par passion sans trop penser à l’avenir. Ensuite, je me suis inscrite en faculté d’arts plastiques, mais le dessin n’y était pas trop à la mode alors je prenais des cours de modèle vivant, en dehors, et les professeurs m’ont toujours beaucoup motivée. J’ai également pris des cours de peinture acrylique au Carrousel Du Louvre pendant un an. C’était les bases et cela m’a permis de ne pas perdre le contact avec la peinture et le dessin parce que ce n’est pas toujours facile de se motiver seule quand on est jeune et qu’on a pas de modèle. C’était mon problème, j’étais un peu perdu parce que je ne connaissais personne qui me montrait l’exemple et j’en avais besoin. Mes parents ne sont pas dans ce milieu, je ne connaissais personne dans ce domaine, j’étais en banlieue, ce n’était pas forcément ce que les gens voulaient faire. Par la suite, j’ai obtenu mon master mais je ne trouvais pas de travail, alors j’ai fait beaucoup de petits « boulots », par exemple, j’ai travaillé au cinéma et comme hôtesse d’accueil. J’avais déjà 25 ans et je me disais que je n’arriverai jamais à vivre du dessin je ne savais pas comment m’y prendre. Par la suite, je suis partie un an à Barcelone, où j’ai pris quelques cours de bandes dessinées dans une école et j’ai rencontré un photographe qui m’a permis de travailler avec lui. Donc j’étais tout le temps au contact de l’art, mais sans avoir un vrai métier. Par la suite, quand je suis rentrée en France, j’ai repris une formation « graphisme illustration ». Lors de cette formation, j’ai rencontré ma première professeure de bandes dessinées, Sylvie Fontaine. Elle m’a motivée en me disant de dessiner tous les jours, parce que j’avais quelque chose à développer. Donc, maintenant j’avais un modèle et j’ai suivi ses conseils à la lettre. À partir de là, j’ai pris conscience du travail qu’il fallait accomplir pour dessiner et que j’étais capable de le faire seule. Petit à petit, j’ai senti que je commençais à faire des choses qui devenaient, selon mon point de vue, intéressantes. J’avais, quand même, beaucoup de recul, dans le sens où je me rendais compte qu’il y avait une évolution dans mon travail, mais en même temps, je ne trouvais pas mes dessins assez convenables pour m’autoriser à les montrer. J’ai quand même compris que l’important n’était pas le dessin en lui-même, mais bien, mon évolution et qu’il fallait commencer à les dévoiler si je voulais, un jour, progresser et en faire quelque chose. Je me suis lancée à l’âge de 28 ans (je crois) mais c’était une torture pour moi. Ensuite j’ai été au chômage pendant un an, j’ai cherché un « vrai » travail de graphiste sans succès. Je pense avec le recul que je n’avais pas envie de faire autre chose que du dessin. J’ai commencé à trouver des petits « boulots » d’illustrations pour livres scolaires. D’abord il m’a été commandé une couverture qui n’a pas été retenue, mais on a quand même continué à me commander des petits dessins. Au début c’était une fois tous les six mois puis, c’est devenu un peu plus régulier et, à côté de cela, je suis devenue l’assistante coloriste d’une personne qui fait de formidables dessins animés qui s’appelle Sandra Desmazières. Elle a été mon deuxième modèle et je suis allée travailler chez elle pendant presque deux ans en tant qu’assistante coloriste. Je faisais toute la journée de la peinture à l’huile à sa manière. Ces dessins animés sont faits à la mains, dessin par dessin. Pour en faire un de douze minutes, il a fallu deux à trois ans. Cela m’a délié la main et je me suis rendue compte que je voulais exactement faire la même chose qu’elle, c’est-à-dire être à mon bureau et faire mes créations. C’est alors que j’ai commencé, petit à petit, à trouver quelques commandes dans l’illustration, mais je ne gagnais pas beaucoup. Donc j’ai travaillé en plus dans une galerie d’arts en tant que graphiste, hôtesse d’accueil… cela m’a un peu déprimé car au fond je n’avais pas du tout envie d’être là. Malgré tout c’était quand même la moitié de mes revenus, donc, quand j’ai décidé d’arrêter cinq ans plus tard pour me consacrer à l’illustration, je me disais que ce serait une catastrophe financière et finalement l’illustration est devenue plus importante. Maintenant depuis trois ans, je ne fais que cela toute la journée et j’ai des commandes régulièrement sans chercher de travail.

DB : Et vivre de sa passion c’est fabuleux.

AC : Oui tout à fait, c’est pour moi la première étape. La deuxième étape serait d’être mieux reconnue financièrement. C’est quand même un savoir faire particulier et, surtout, en prenant en compte les années de travail que ça demande. Des fois, les commandes ne sont pas facile à réaliser, pour un rendu très rapide et de plus mal rémunéré. Nous ne sommes pas reconnus, en général nous sommes beaucoup à vivre en dessous du seuil de pauvreté même en travaillant toute la semaine. C’était mon cas pendant des années, c’est un peu mieux aujourd’hui mais pas beaucoup plus. Mais effectivement, c’est déjà bien de pouvoir vivre de sa passion.

Illustration personnelle inspirée de ses lectures et autres sur la cosmologie
Page de BD projet personnel qui se déroule au Népal

DB : Vous travaillez à l’aquarelle et au crayon. Pourquoi avez-vous choisi c’est deux outils ?

AC : En fait, j’ai commencé à l’encre de chine, ensuite j’ai essayé la gouache et pour être honnête, tout à commencer quand ma mère m’a offert une boîte d’aquarelle. Je l’ai testée, j’ai adoré et j’ai continué avec. J’ai toujours trouvé le rendu sur papier doux et très agréable à réaliser. Ça me procure beaucoup de plaisir. J’aimais aussi la peinture à l’huile, je trouvais ça magnifique mais cela me faisait beaucoup tousser à cause de la térébenthine et c’était très contraignant.

DB : Quelles sont les contraintes de l’aquarelle ?

AC : C’est un séchage très rapide, donc c’est dur de se tromper, on ne peut pas vraiment corriger. Je peux quand même faire des couches, des transparences, mais c’est quand même très instinctif. Cela m’arrange dans le sens où ça laisse moins de place au doute, (comme je doute trop souvent). Je ne peux pas me demander quelle couleur je pourrais mettre à la place de celle que j’ai appliquée. Une fois que la peinture est placée, si je n’ai pas eu le résultat souhaité, je recommence sinon je passe à autre chose.

DB : J’ai constaté que vous travaillez beaucoup sur des sujets autour de l’Asie. Y a-t-il une raison précise à cela ou est-ce une coïncidence ?

AC : Non, en fait il y a plusieurs raisons. Tout d’abord mes parents se sont rencontrés en faisant un art martial vietnamien que je pratique également aujourd’hui : le Vô Viêtnam. Toute mon enfance, j’ai été proche d’une ambiance liée au Vietnam, que ce soit notre maître d’arts martiaux vietnamien maître Nguyen Duc Moc, les arts martiaux, la cuisine, les gens, mes parents qui me parlaient du Vietnam… et j’ai même un deuxième prénom vietnamien, je m’appelle Amélie Huêlinh Sophie. Ensuite mon influence au niveau du dessin quand je suis partie en voyage en Asie. J’ai fait mon premier voyage d’un mois et demi au Népal en 2009, en faisant un trek de quinze jours autour des Annapurna et visuellement le pays, les paysages et les gens m’ont profondément marqués. Trois ans plus tard je suis partie au Sri Lanka, pendant un mois et demi aussi et deux ans plus tard au Vietnam. Pendant chaque voyage je commençais un carnet de voyage de dessins que je continuais parfois une fois rentrée en repensant aux paysages ou en revoyant les photos. C’était une passion, il fallait que je dessine absolument certains endroits. Ensuite mes autres dessins personnels se sont imprégnés naturellement de ces voyages. À chaque fois je repensais à une ambiance, une couleur, à un motif ou à une scène et tout ce que je voyais dans ces pays m’intéressait et me touchait profondément.

Projet BD personnel Népal
Carnet de voyage 2015, Ile de Batz Bretagne nord

DB : Comment travaillez-vous avec des éditeurs jeunesse ?

AC : Il arrive que je les contacte et qu’ils me donnent du travail mais, en général, c’est plutôt l’inverse. C’est plutôt eux qui me découvrent sur internet. Ils me proposent une commande, avec un contrat et je réponds à la commande. Des fois, ce sont des choses très cadrées, par exemple, la mise en page est déjà faite avec la place pour les illustrations et je n’ai plus qu’à m’adapter. C’est plus simple comme ça parce que si je commence à partir sur une illustration au format paysage alors qu’elle doit être en portrait pour la mise en page l’illustration ne peut pas être intégrée au livre, donc, autant le savoir à l’avance. Il m’arrive aussi de faire des choses plus libres.

DB : Pouvez-vous me raconter une expérience qui vous a marquée en tant qu’illustratrice jeunesse ?

AC : Elles sont toutes importantes. Celles dont je me souviens, ce sont les plus récentes, par exemple, pour Hachette en novembre, décembre. J’ai travaillé sur le thème de la première guerre mondiale, sujet que je n’avais jamais traité. Ce travail était destiné à des élèves de CM1. J’ai adoré parce que c’est une époque qui me fascine et puis cela me sortait de mes habitudes. Pour ce travail, j’ai dû faire des recherches. Le travail de couleur m’a beaucoup intéressée. Souvent on me demande des couleurs flashy alors que finalement ce n’est pas ce que je préfère, surtout à l’aquarelle c’est difficile et, là, j’avais le droit de mettre des gris, des gris colorés, des terres, des ocres, des verts d’eau… Donc j’ai beaucoup aimé ce thème, mais tout est intéressant à faire. Parfois je fais aussi des colorisations sur photoshop pour aller plus vite et obtenir un rendu plus pétant.

Illustration d’un livre pour une association le dahlir43 sur la différence
Carnet de voyage 2009, Katmandou, Népal

DB : Parlez-moi de votre livre Le soleil sous les branches, comment a-t-il été construit ?

AC : C’est mon premier livre. J’ai rencontré son auteur, Edgar Orray (pseudo de François Lionnet), par hasard, pendant mon voyage au Sri Lanka. Il écrivait des livres pour enfants, alors je lui ai montré mon carnet de voyage. En rentrant, nous avons gardé le contact. Un an plus tard il était en relation avec l’association DAHLIR au Puy-en-Velay, qui avait comme projet de créer un livre en auto-édition sur le thème de la différence. Il a proposé aux membres de l’association, un texte et ensuite ils m’ont appelée pour que je fasse les illustrations. Pour une auto-édition le livre a eu beaucoup de succès, puisqu’ils ont vendu les 1 500 exemplaires du premier tirage et qu’ils en ont par la suite, réimprimé le même nombre. Grâce à ce livre, j’ai fait mes premières dédicaces ; de ce livre a été tiré un spectacle. Deux ans plus tard nous avons remporté le Prix Handilivres 2017. Pour un premier livre, c’était une expérience très enrichissante où j’ai rencontré de nouvelles personnes. C’était intéressant de voir ce qu’ils faisaient et de travailler avec eux.

DB : Quels sont vos projets, vos envies ?

AC : Je continue les commandes, je travaille beaucoup pour Larousse Jeunesse, pour des premières lectures. J’en suis à mon treizième petit livre avec eux. C’est une méthode pour apprendre aux enfants à lire qui est très efficace apparemment, donc, je crois que les gens apprécient. C’est agréable comme travail mais ce sont des commandes très dirigées. En parallèle, je travaille sur des projets de bandes dessinées. Cela me demande beaucoup de temps et d’énergie mais j’espère bientôt pouvoir être publiée car la bande dessinée est vraiment mon rêve.


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