Stéphane Capelle

Stéphane Capelle

Banquier d’affaires pendant quinze ans, Stéphane Capelle a réinventé sa vie professionnelle en devenant auto-éditeur de livres pour enfants afin de s’épanouir pleinement dans ce qu’il faisait. Aujourd’hui il est donc éditeur, auteur et illustrateur de ses propres livres qu’il prend plaisir à présenter régulièrement dans les écoles. Je vous laisse découvrir notre entretien qui ne manque pas d’humour et vous donnera pour toujours une bonne image de l’auto-édition.

Delphine Bourbon : Comment un employé de banque, comme vous l’étiez avant, est devenu éditeur ?

Stéphane Capelle : Oui, c’est un changement un peu radical. Cela fait six, sept ans que j’exerce les trois professions de : auteur, illustrateur et éditeur. J’ai monté ma maison d’édition début 2016 et j’ai publié à-peu-près un livre par an ; depuis j’ai donc publié cinq livres. Quatre dans la collection « Félix et Félicie font des Bêtises ! » et un autre livre qui s’intitule Anatole et la sorcière du dernier étage qui sont des livres qui s’adressent aux enfants de sept à dix ans. Mais comme vous le disiez, je n’ai pas fait ces métiers toute ma vie. Avant, j’ai travaillé comme banquier d’affaires, en financement de projets, pour le compte d’une grande banque française. Je finançais des projets de pétrole et de gaz un peu partout au Moyen-Orient et en Afrique. Et avant d’être banquier, j’ai fait une école de commerce. Mais que ce soit la banque ou l’école de commerce, ce sont des décisions que j’ai un peu prise par défaut, c’est-à-dire que je n’avais pas d’idée, à cette époque-là, de ce que je voulais faire, donc j’avais choisi une filière plutôt ouverte, école de commerce, et puis, ensuite, spécialité finance et banque d’affaires. Des choix qui sont plutôt sécurisant pour les parents mais qui, au bout d’un moment, nous pose la question de ce choix parce que ce n’est pas avec des orientations par défaut, je pense, que nous arrivons à construire un projet professionnel solide. Donc, autour de la quarantaine, j’ai voulu réfléchir à ce qu’allait être ma nouvelle vie professionnelle. Ce qui a motivé ce changement un peu radical, d’abord, ça a été le goût pour la littérature au sens large, mais en particulier jeunesse. Comme je le dis dans les écoles où j’interviens, quand j’étais jeune, je n’écrivais jamais (pas même un journal intime) par contre j’ai toujours beaucoup apprécié la lecture, cela fait partie de mon décor depuis tout petit et j’ai souhaité aussi être acteur de mon projet professionnel, de vivre pleinement une expérience entrepreneuriale et ensuite donner du sens à mon projet tout en exerçant ma créativité. Je n’étais pas un grand créatif à cette époque, mais je trouvais que c’était important d’arriver à créer quelque chose par moi-même. La question de savoir dans quel domaine j’allais pouvoir exercer ma créativité, s’était posée. À cette époque je ne dessinais pas du tout, je ne peignais pas, je ne sculptais pas non plus. Je me suis dis que j’allais essayer de me lancer dans l’écriture pour voir si j’avais du plaisir à écrire des histoires et également si j’arrivais à avoir cette discipline d’écrire régulièrement et d’arriver à faire travailler mon imagination. Je ne vous cache pas que quand on est banquier, on ne fait pas travailler beaucoup son imagination. Cela a été un travail, un effort, mais je me rends compte aujourd’hui que le fait de se mettre tous les jours à son bureau pour écrire favorise l’imagination. J’ai validé, pendant cette période, que cela me plaisait d’écrire et que j’arrivais à finir des histoires. Ensuite, il a fallu que j’oriente mes créations, car à cette époque, j’écrivais sans stratégie éditoriale. J’inventais un livre pour adultes, un pour enfants, une pièce de théâtre, un scénario de film… Voilà comment s’est fait ce changement un peu innovant de la banque à l’édition.

Tome 1 de la collection « Félix et Félicie font des Bêtises ! »
Aquarelle de Stéphane Capelle
Tome 2 de la collection « Félix et Félicie font des Bêtises ! »

DB : Avez-vous pris des cours de dessin et d’écriture ou êtes-vous autodidacte ?

SC : Je m’étais dit, initialement, que j’allais envoyer mon texte à une maison d’édition (le schéma un peu classique) et, pour autant, j’avais l’envie de mener mon projet à son terme. Donc, j’ai envoyé mon premier texte de Félix et Félicie font des Bêtises ! à une maison d’édition qui a refusé mon texte. Entre temps, dans cette période où j’attendais une réponse je me suis dis que je n’avais pas envie de l’envoyer à toutes les maisons d’édition comme il nous est conseillé de le faire, parfois, pour en trouver une. Mais ce qui m’intéressait davantage c’était de mener mon projet jusqu’à son terme, d’être moi-même l’éditeur. Cela voulait dire trouver des personnes pour me relire et me corriger, puis de faire toutes les démarches jusqu’à aller chez l’imprimeur et assurer la distribution et la diffusion des livres. Restait la vision de l’illustrateur et puisque je ne dessinais pas à cette époque, j’ai contacté une quinzaine d’illustrateurs, un peu connus. J’ai trouvé leurs noms dans la bibliothèque de mes enfants et ils m’ont tous répondu très gentiment qu’ils n’avaient pas de temps à consacrer à l’illustration de mon texte. Donc, j’ai dit, à mon épouse qui est un soutien indéfectible, que j’allais me mettre à dessiner. À ce moment-là, j’ai vu dans son regard, qu’elle était plongée dans un abîme de perplexité. Je n’avais jamais dessiné, je comprenais sa surprise. Je l’ai rassurée en lui disant que, si mes dessins n’étaient pas parfaits, je ferais appel à un professeur de dessin ou à quelqu’un qui pourrait corriger mes traits. J’ai commencé à dessiner en mars 2015, pour mon tome 1. C’est ce qui est extraordinaire quand on fait des changements professionnels, ça nous entraine dans des endroits où on n’aurait jamais pensé s’exprimer ou prendre du plaisir. Aujourd’hui, je peux dire que je prends beaucoup de plaisir à dessiner et je dessine presque tous les jours. Donc, depuis cinq ans, j’ai énormément progressé. Je le dis, d’ailleurs, dans les écoles où je présente mes livres, le dessin c’est beaucoup de pratique et la pratique permet de s’améliorer. Voilà comment tout a commencé. Ensuite, il a juste fallu trouver un imprimeur et assurer la partie distribution et diffusion, ce qui n’est pas toujours simple quand on est une petite maison d’édition indépendante.

DB : Avez-vous rencontré des difficultés pour ouvrir votre auto-édition ?

SC : Pour ouvrir mon auto-édition, non. Mais la difficulté est pour distribuer et diffuser ses livres. Je pense que cela a évolué un petit peu. Pendant longtemps des livres édités en auto-édition n’étaient pas très reconnus, on pensait que ce n’était pas des ouvrages de qualité. C’était tous les livres qui étaient refusés par les maisons d’édition. Maintenant, de plus en plus, et notamment des personnes éditées qui sont connues, s’auto-éditent. Donc, je pense que la qualité des textes auto-édités s’est nettement améliorée. Pour autant, ce qui reste encore compliqué, c’est de se distribuer et de se diffuser puisque, dans la littérature jeunesse, il y a énormément de productions et de livres qui sont publiés chaque jour. Par conséquent, arrivé à se faire connaître est compliqué. Pour le reste s’auto-éditer c’est assez simple, il est facile de trouver un imprimeur et la question financière n’est pas impressionnante. Mais se faire connaître, surtout dans le monde jeunesse, c’est compliqué. Ce qui est mon cas. Je m’adresse à des enfants de primaire, ainsi mes livres sont sur papier. Je ne suis pas sur Amazon, par exemple, car je n’y vois pas d’intérêt pour le jeune public. Je pense que des sites, comme celui-là, s’adressent plus à des adolescents ou des jeunes adultes. Des lecteurs qui lisent sur liseuse, sur tablette… moi je suis exclusivement sur papier, donc, les lecteurs, je dois aller les voir. Mais c’est aussi un vrai bonheur de les rencontrer. J’ai également quelques libraires qui vendent mes livres. Pas énormément, mais je n’ai pas envie de passer mon temps à faire le tour des libraires pour proposer mes livres, ça me prendrait beaucoup trop de temps. Donc il faut trouver des alternatifs, mais c’est possible.

Aquarelle de Stéphane Capelle
Tome 3 de la collection « Félix et Félicie font des Bêtises ! »

DB : Pouvez-vous me raconter votre façon de créer un livre ? Faites-vous d’abord les textes ou d’abord les illustrations ? Comment vous viennent les idées ?

SC : C’est vraiment le texte d’abord et cela me prend beaucoup de temps. C’est un travail laborieux de recherche de l’idée. Ça étonne beaucoup les élèves que je rencontre, mais je me relis environ cinquante fois. C’est vraiment un long travail, avec du plaisir mais aussi de l’effort et des difficultés. Une fois que le texte est posé de façon un peu définitive, je vais commencer à réfléchir aux illustrations. Dans les livres que j’ai publiés jusqu’à présent, il y a une quarantaine d’illustrations. Pour le moment, je suis sur une thématique « des bêtises » dans mes livres et donc les illustrations vont principalement illustrer les bêtises. Les dessins sont pour moi beaucoup plus faciles à réaliser que le texte. Pour cela, je fais un premier brouillon au crayon à papier, ensuite je le reprends sur la tablette graphique, et je mets quelques couleurs. Je ne fais pas des dessins avec beaucoup de couleurs, c’est juste des petites touches qui sont faites à l’aquarelle, puis je scanne tout et je finalise sur l’ordinateur.

DB : Faites-vous appel à des maquettistes externes pour la mise en page de vos livres ?

SC : Non, je fais vraiment tout moi-même parce que je suis une trop petite structure et donc pour le moment, je me débrouille tout seul, en essayant de faire quelque chose qui soit le plus professionnel possible. Vous trouverez, peut-être, qu’il y a des choses à revoir mais je trouve qu’on arrive maintenant à de bons résultats en s’investissant.

DB : C’est donc une réticence budgétaire ?

SC : Oui, essentiellement, parce que, comme je vous le disais, en auto-édition, nous avons une diffusion et une distribution réduite qui doivent être compensées par une marge un peu plus importante, après, si nous commençons à réduire la marge ça devient très compliqué comme équilibre financier. Puisque l’objectif est quand même d’en vivre, il faut limiter les coups de production.

Aquarelle de Stéphane Capelle

Tome 4 de la collection « Félix et Félicie font des Bêtises ! »

DB : Vos livres sont-ils imprimés à la commande ?

SC : Non, je fais imprimé une quantité de livres dans une imprimerie dans le nord de la France et je les garde ensuite chez moi. Mes enfants dorment sur un tas de livres. Non, plus sérieusement, j’ai la chance d’avoir un endroit où je peux stocker mes livres. Ce que je trouve bien dans cette façon de procéder, c’est le fait que mes livres peuvent se vendre sur plusieurs années, alors que, quand nous sommes édités et que nous avons la chance d’avoir nos livres exposés en librairie, ils ont un temps qui est assez limité ce qui n’est pas le cas en ce qui me concerne. Donc mes livres n’ont pas besoin de trouver leur cible en peu de temps et je peux tabler sur du long terme. Je ne connais pas la qualité des livres fait à la demande mais j’ai un imprimeur qui fait un travail très professionnel ; j’ai des livres d’une belle qualité et je trouve que c’est important. Je suis encore sensible aux livres en papier, même si je me mettrais, peut être, un jour, sur liseuse, je trouve qu’avoir un livre de bonne qualité entre les mains est une chose très appréciable.

DB :  Avez-vous des projets de développement ou d’amélioration ?

SC : En ce moment, je travaille sur l’adaptation en bande dessinée du tome 1 Félix et Félicie font des Bêtises ! et c’est quelque chose que je n’aurais jamais imaginé il y a cinq ans puisque forcément il y a beaucoup de dessins. J’espère qu’il sortira pour la fin de l’année.


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