Gabriel Lucas

Si vous faites partie du monde de l’édition vous connaissez sûrement mon interlocuteur ou, en tous cas, son site engagé sur la culture jeunesse. Personnellement, dès que j’ai voulu travailler pour l’édition jeunesse, j’ai consulté le blog La mare aux mots, mais je ne pensais pas avoir, un jour, la chance d’interviewer son rédacteur en chef Gabriel Lucas et, pourtant, il a tout de suite accepté de se prêter au jeu des questions-réponses.

Delphine Bourbon : Pouvez-vous me raconter votre parcours et les raisons pour lesquelles vous avez créé votre blog La mare aux mots?

Gabriel Lucas : J’étais vendeur en produits culturels. Je n’aimais pas du tout ça et, quand ma première fille est née, j’ai démissionné pour devenir père au foyer. Ma fille faisait de longues siestes, pour m’occuper j’ai créé un site sur la littérature jeunesse, ce qui m’a permis de garder une activité autre que ma fille ! J’ai créé La mare aux mots, tout d’abord sous forme de forum, puis sous forme de blog. Ce projet est né comme ça, juste avec l’envie d’échanger autour des livres jeunesse.

DB : Si vous deviez présenter La mare aux mots en quelques mots. Que diriez-vous ?

GL : C’est toujours un peu compliqué. Je dirais que c’est un site sur la culture jeunesse, principalement la littérature. Notre but est de présenter des ouvrages que l’on considère intéressant pour que les gens qui ne voient passer que les ouvrages connus découvrent qu’il y a également autre chose. Nous sommes aussi engagés, par exemple, sur l’antisexisme (nous avons fait notamment un webzine sur ce sujet avec de nombreuses références), nous avons également réalisé un webzine sur les questions LGBTQI+ pour conseiller des livres sur ce sujet-là, avec des personnages LGBTQI+ et pendant toute une période nous reversions 10 % de nos abonnements à une association de réfugiés. Donc oui, si je dois définir le site, je dirais que c’est un site sur la culture jeunesse engagé.

DB : Pouvez-vous me présenter votre équipe ?

GL : Actuellement nous sommes huit. J’ai créé le site il y a onze ans, je suis donc rédacteur en chef, Sarah nous a rejoints, il y a quelques années, elle est rédactrice en chef adjointe, elle écrit un billet par semaine, tout comme moi. C’est avec elle que je travaille sur la ligne éditoriale du site. Ensuite, il y a également six personnes qui écrivent un ou deux billets par mois : Stéphanie est journaliste dans un magazine sur la jeunesse, Morgan est un jeune garçon de seize ans (il n’a pas été choisi pour son âge — uniquement parce qu’il écrit très bien — mais c’est pour nous un vrai plus d’avoir quelqu’un de cet âge-là, qui est la cible d’une partie des romans qu’on présente), quatre autres chroniqueuses, Mokamilla, Carole, Caroline et Mathilde qui ont de leur côté un blog sur la littérature jeunesse et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je leur ai demandé de nous rejoindre parce que je trouvais leur écriture intéressante, Carole a également une chronique à la télé sur TV Tours.

DB : Comment choisissez-vous les livres que vous présentez ?

GL : Au coup de cœur, je dirais. En fait, c’est compliqué parce que nous n’avons que les communiqués de presse pour savoir si un livre va nous plaire ou pas. Donc, nous demandons les ouvrages qui semblent nous intéresser, puis nous lisons les livres et si nous les trouvons totalement inintéressants, nous ne faisons pas d’article dans le site. Si nous trouvons qu’ils ont un intérêt pour notre lectorat, entre autres parce que le sujet est intéressant, nous allons faire un billet, mais nous dirons franchement si nous trouvons que les illustrations ne sont pas top par exemple et si le livre est fabuleux à tout niveau, là il n’y a aucune question à se poser, nous ferons un article. Donc, il faut dans un premier temps que ce soit un ouvrage qui nous plaise ou qui traite intelligemment d’une thématique que nous trouvons intéressante.

DB : À quel rythme publiez-vous tous sur le blog ?

GL : Nous avons un billet tous les jours du lundi au vendredi, cinquante semaines par an, nous nous arrêtons juste deux semaines à Noël. Normalement, Sarah et moi avons chacun un billet par semaine et les autres se partagent les jeudis, vendredis, et tous les mercredis nous proposons une interview.

DB : Maintenant, en plus de travailler sur votre site, vous êtes également attaché de presse pour des éditions jeunesse. Comment l’êtes-vous devenue ?

GL : Comme je vous le disais, j’ai démissionné de mon travail que je n’aimais pas, je voulais faire autre chose. Quand ma fille est rentrée à l’école, je me suis dit qu’il fallait que je retrouve une activité professionnelle et, à ce moment-là, déjà, La mare aux mots fonctionnait bien, j’étais un peu connu du milieu de l’édition jeunesse et tout le monde m’a dit de chercher du travail dans ce milieu-là. Mais je n’avais aucun diplôme pour ce genre de poste, j’ai donc écrit à tous mes contacts en leur disant que j’avais envie de travailler dans ce secteur et en leur demandant de m’écrire si jamais ils avaient besoin de moi pour faire quelque chose. C’est Maureen Dor des éditions Clochette qui m’a appelé pour me dire qu’elle cherchait un attaché de presse ; je leur ai dit que je n’avais jamais fait ça, donc que je ne savais pas si je saurais le faire et elle m’a répondu : « Quand on veut, on peut. Si vous voulez le faire, on essaye. ». C’est ainsi que j’ai commencé, grâce au fait qu’on m’a donné ma chance et petit à petit je me suis formé en travaillant.

DB : En quoi consiste votre travail d’attaché de presse ?

GL : L’attaché de presse fait le lien entre une société et la presse. Mon travail consiste à envoyer des communiqués de presse aux médias, de faire en sorte qu’ils parlent des livres. C’est-à-dire que je dois également les appeler ou leur écrire pour signaler s’il y a des livres qui peuvent les intéresser tout particulièrement. Le but est d’avoir un maximum d’écho dans la presse avec des articles et également dans les blogs, sur Instagram, les chaînes YouTube…

DB : Donc il faut avoir une certaine légitimité pour que les journalistes répondent.

GL : Oui, mais forcément au début on ne vous connaît pas comme attaché de presse et puis quand vous travaillez pour une petite maison dont votre interlocuteur n’a jamais entendu parler, ce n’est pas facile non plus. Mais si vous envoyez des communiqués de presse pour de beaux livres, si c’est un bon journaliste, il va regarder même s’il ne vous connaît pas. Je vous donne un exemple : Marine Landrot de Télérama peut chroniquer des livres de petites maisons d’édition ou même des livres auto-édités. Il y a des journalistes qui sont curieux et qui font un vrai travail pour regarder tout ce qui sort et chroniquer ce qui les intéresse vraiment et pas seulement mettre toujours en avant les quatre, cinq plus grosses maisons d’édition.

DB : Revenons à votre site, il est très détaillé et propose beaucoup de rubriques différentes. Avez-vous encore des idées pour l’améliorer ?

GL : On essaie tout le temps. Pour les dix ans nous avons fait un grand sondage où nous demandions aux lecteurs et aux lectrices de dire tout ce qu’ils souhaiteraient changer dans le site. Nous l’améliorons régulièrement. Comme je vous le disais, au début le site n’était qu’un forum, puis il s’est transformé en blog et il a évolué constamment. Je ne suis pas obtus. Si les lecteurs et aux lectrices, dans la limite du raisonnable, veulent voir opérer des changements sur le site, je me dis qu’ils ont raison. C’est pourquoi, nous essayons de suivre leurs idées. Pour le sondage, notamment, nous avions eu des choses très intéressantes, donc depuis mars il a évolué parce qu’avant nous étions toujours deux, à quatre chroniqueurs et chroniqueuses et maintenant nous sommes huit. En mars et en septembre nous avons également créé de nouvelles rubriques ; par exemple Sophie Van Der Linden, qui est une référence en littérature jeunesse, a une rubrique tous les deux mois depuis septembre (elle répond aux questions de nos lecteurs et lectrices), Nelly Chabrol Gagne qui est également un grand nom de la littérature jeunesse a une rubrique depuis mars. Véronique Soulé, de l’émission Écoute, il y a un éléphant dans le jardin, réalise pour nous des interviews audios depuis septembre, et un autre nom important dans la littérature jeunesse va nous rejoindre bientôt. Il y aura aussi bientôt sur le site des fiches thématiques mieux faites, je devais les développer pour mars, mais avec le confinement je n’ai pas eu le temps donc par exemple si vous cherchez un livre sur le deuil, vous trouverez sur le site une sélection de livres sur ce sujet. Voilà tout ce qui a changé récemment.

DB : C’est beaucoup de travail.

GL : Oui le site me prend beaucoup de temps. À une époque j’avais calculé qu’il me prenait une trentaine d’heures par semaine. Je n’avais vraiment le temps de ne rien faire à côté. Notamment, les index des interviews, je crois qu’ils n’avaient pas été mis à jour depuis deux ans. C’est enfin fait, tout comme avec les fiches coup de cœur, qui n’avaient pas été mises à jour depuis 2015. Maintenant que nous sommes huit, j’ai beaucoup plus de temps. Mais c’est des publications tous les jours, énormément de mails et d’appels téléphoniques de maisons d’édition, d’attachés de presse… c’est ce qui est un peu difficile parce que ça reste un blog, mais c’est une telle « grosse machinerie » que c’est compliqué de faire en sorte qu’il ne prenne que le temps de ce qu’il est, un hobby.


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