Marion Deroin

Éditrice indépendante, chef de projet éditorial mais également gestionnaire de contenu pour des agences et des sites web, Marion Deroin a de multiples cordes à son arc. Entre autre, pour les éditeurs, elle coordonne les intervenants externes de l’équipe de production d’un livre (auteur, illustrateur, maquettiste…) avec les différents services en interne de la maison d’édition. Un travail qui demande une très grande organisation, comme vous le comprendrez dans notre passionnant entretien, que je vous laisse découvrir.

Delphine Bourbon : Comment êtes-vous devenue éditrice indépendante et chef de projet éditorial ?

Marion Deroin : J’ai suivi un parcours plutôt classique dans le secteur de l’édition, à savoir un Master d’édition, puis deux stages aux éditions Fleurus et Hachette Pratique. J’avais délibérément choisi l’édition pratique, pour les sujets abordés, la place de l’image et le travail nécessaire pour avoir un texte le plus compréhensible possible. C’est aussi ce que j’aime depuis toujours en tant que lectrice. Encore maintenant, 90 % de ce que je lis est de la non-fiction.
Par la suite, j’ai fait mes armes dans des maisons d’édition scolaires, où la place de la pédagogie est centrale, évidemment. Ces années furent très formatrices : les ouvrages scolaires sont complexes à gérer et c’est un travail de longue haleine où la rigueur est indispensable. On entend souvent que l’édition scolaire est une bonne école, et c’est vrai !
Après cela, j’ai eu l’opportunité d’ajouter une corde à mon arc en travaillant deux ans chez Ooreka, un site de contenus pratiques, où j’étais content manager. J’étais en charge de la production des fiches pratiques et c’est à cette occasion que j’ai développé des compétences de chef de projet éditorial. Je gérais une équipe externe d’une trentaine de personnes : auteurs, éditeurs et illustrateurs. Le rôle au sein de l’entreprise était également différent, car les équipes sont constamment en étroite collaboration, notamment pour l’évolution technique du site.
En 2016, j’ai choisi d’exercer mon métier en tant qu’indépendante. La transition s’est faite assez facilement, grâce à mon réseau. Au fil de mes expériences, j’ai rencontré des personnes clés et ça a vraiment fait la différence dans mon parcours. Aujourd’hui, je suis ravie car la diversité des missions est une grande source de stimulation. C’est un vrai plus pour moi de pouvoir mettre en œuvre diverses compétences selon les projets, d’apprendre chaque jour (sans compter les apprentissages liés à ce mode de travail…) et de créer mon quotidien. J’apprends aussi beaucoup sur moi-même !

Marion Deroin

DB : En quoi consiste votre travail ? Quelles sont vos fonctions principales ?

MD : Dans le cadre du suivi éditorial d’un livre, je peux intervenir à partir du moment où le projet est calé avec l’auteur, jusqu’à l’envoi des fichiers chez l’imprimeur. Je vais coordonner les intervenants externes de l’équipe (auteur, illustrateur, maquettiste…) en collaboration avec les différents services en interne (éditorial, prépresse, juridique, iconographique, numérique…). Il y a donc une partie importante de gestion de projet. Bien entendu, j’exécute également tout ou partie des tâches éditoriales : relecture critique, correction et préparation de copie, mise en fabrication, relecture d’épreuves, jusqu’à la validation du bon à tirer (le fameux BAT). J’interviens également sur les tâches annexes liées au numérique.

DB : Comment travaillez-vous avec les éditeurs ?

MD : On cadre bien le projet au démarrage, puis au fil du projet ils sont disponibles en cas de question, mais je travaille globalement en autonomie. Il y a ensuite des reporting réguliers, par mail ou par téléphone. Le tout est de trouver un équilibre entre les décharger, car ils ont bien assez à faire, et les tenir au courant de l’avancée du projet, qui reste sous leur responsabilité en interne. Généralement, cela se fait naturellement, on travaille en confiance.

DB : Comment travaillez-vous avec les auteurs, les illustrateurs et les maquettistes ?

MD : C’est un des aspects de mon métier que je préfère. Pour moi, même si nous sommes tous à distance, cela reste un vrai travail d’équipe. J’aime instaurer une ambiance professionnelle et humaine avec chacun, apprendre à les connaître et réciproquement. D’ailleurs, en début de projet, j’aime commencer par un appel téléphonique, surtout avec les auteurs. Discuter de vive voix permet toujours de « briser la glace » et facilite les échanges ultérieurs.

Ouvrages pour l’enseignement technique et professionnel, éditions Delagrave

DB : En moyenne sur combien d’ouvrages travaillez-vous en même temps ? Comment faites-vous pour tous les gérer ?

MD : Tout dépend du type de projet, de sa taille, de sa complexité… On peut prendre l’exemple des ouvrages scolaires dont la production s’étale sur plusieurs mois. Cela peut varier en fonction de plusieurs critères, mais en moyenne, trois manuels maximum en parallèle c’est un bon nombre. Cela permet de conserver un peu de flexibilité en cas d’imprévu ou de retard (et il y en a toujours…). À côté de ça, je peux prendre en charge des projets plus courts ou bien des missions au long cours qui ne prennent que quelques heures dans le mois. Pour les gérer, pas de secret : un bon tableau de suivi sur Excel, une organisation carrée et systématique des dossiers, un œil sur le calendrier et une pensée en étoile pour avoir tout en tête.

DB : Comment vous organisez-vous pour ne pas avoir plusieurs livres en fin de projet en même temps et que ce soit impossible à gérer pour vous ?

MD : J’accepte ou non les nouveaux projets en fonction des missions en cours. La période de production des manuels scolaires, par exemple, s’étend tous les ans de septembre/octobre à mars/avril. Par conséquent, selon le nombre d’ouvrages dont je m’occupe pour la saison, je sais que je devrai décliner certaines propositions. Parfois, les dates de BAT bougent et se retrouvent trop proches les unes des autres. Dans ces cas-là, ça peut devenir vraiment compliqué… On trouve toujours des solutions avec les équipes en interne et je m’adapte, mais c’est toujours mieux d’éviter.

DB : Vous faites aussi de la gestion de contenu pour des agences et des sites web. Pouvez-vous m’en dire quelques mots ?

MD : La chaîne de production éditoriale reste globalement la même que pour l’édition papier, même s’il y a bien sûr des différences importantes ! Dans la gestion de contenu web, la stratégie est plus globale : un site Internet n’est pas une unité de contenu fermée et il faut prendre en compte les spécificités du support et de l’écosystème dans lequel il évolue. Les contraintes ne sont pas les mêmes (optimisation du référencement naturel, adaptation au support de lecture, usages du web…), mais il y a aussi une plus grande flexibilité. C’est une autre logique qu’il faut adopter. Ce qui me plaît dans le fait de travailler à la fois dans le print et le web, c’est justement de changer de prisme, tout en capitalisant sur les compétences et les approches qui se révèlent complémentaires.

DB : Quels sont vos projets ?

MD : Pour la suite, j’ai envie de diversifier mes collaborations avec de nouveaux éditeurs ou des sites de contenu, particulièrement en pratique. De nombreux sujets me passionnent (nature, santé, habitat, autonomie, entrepreneuriat, psychologie, développement personnel…) et ce serait une grande satisfaction de pouvoir apporter une vraie plus-value personnelle à mes projets professionnels.
Par ailleurs, j’ai passé une certification pour apprendre à concevoir et piloter un projet. C’est une facette de mon métier que j’aimerais développer avec des missions qui allieraient édition et gestion de projet. Inclure davantage la dimension numérique m’intéresse aussi, car il y a beaucoup à faire et à inventer…
Pour faciliter tous ces projets, j’ai décidé d’être plus présente sur LinkedIn et je prévois également de créer un site dédié à mon activité freelance d’ici la fin de l’année (www.marionderoin.fr). Jusque là j’étais presque introuvable, mais il est temps que ça change !


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